Georges Rodenbach

Si tristes les vieux quais bordés d'acacia

Mais quand l'hiver revient, quand cinglent les décembres,

Les acacias nus, filigranés en noir,

Portent le deuil de la saison ; le vent disperse

Leurs feuilles comme des oiseaux parmi l'averse ;

L'eau du canal se gerce et se gèle - miroir

Las de mirer toujours d'identiques façades !

Maintenant les vieux quais sont déserts et maussades ;

Et, dans les logis clos, les rideaux s'échancrant

Laissent voir, en la chambre et derrière l'écran,

Quelques vieillards sans joie autour d'une lumière

Qui végète sur le réchaud de la théière...

Lumière survivante en ces hivers du nord ;

Faible lueur, clarté triste qui les ressemble ;

On dirait un chétif feu de cierge qui tremble,

Et qu'en chaque maison muette, on veille un mort !