Auguste Brizeux

Un jour

Marie

Qui n’eut parmi ces jours, déjà bien loin peut-être,

Un jour plus beau qu’eux tous, qui ne doit plus renaître,

Mais qui survit dans l’âme et dont le souvenir,

Délice du passé, charme aussi l’avenir :

Jour d’innocente joie et pur de tout nuage,

Dont une amitié douce a marqué le passage ;

Où quelque aveu naïf et longtemps suspendu

D’une bouche adorée enfin fut entendu ;

Où d’un premier transport, qu’il n’eût point fallu croire,

Tout le cœur tressaillit et devina la gloire ?

Ah ! quand d’un bras de fer le sort pèse sur nous,

Que de ce jour aimé le souvenir est doux !

Qu’il est doux d’éveiller au fond de sa pensée

Son image assoupie et jamais effacée ;

Avec un soin jaloux d’en rassembler les traits,

Lentement, à loisir, non sans quelques regrets,

Comme après un sommeil dont l’erreur se prolonge,

On aime à suivre encor les prestiges d’un songe !