Elizabeth Barrett Browning
Sonnets from the Portuguese
S’il est vrai que l’amour hausse notre valeur
Je vaux donc quelque peu. Ce si pâle visage
Que tu vois, ces genoux qui tremblent avant l'âge,
impuissants à porter le fardeau de mon cœur,
Ce barde prêt jadis à grimper plein d'ardeur
Sur l'Aornos et qui, maintenant sans courage,
Ne parvient qu’à grand’peine à couvrir le ramage
Du rossignol avec le chant de sa douleur, —
Oublions tout cela... De cette place insigne
Que tu m’offres, Aimé, je me sens trop indigne.
Mais je t’aime et dès lors j'ai le droit d’obtenir
De cet amour au moins cette grâce suprême
De vivre, quoiqu’en vain, en t'aimant tout de même,
Et, tout en renonçant à toi, de te bénir.