Elizabeth Barrett Browning
Sonnets from the Portuguese
Si tu me trouves l'air trop calme et trop sévère,
Ne m'en accuse pas. Faisant face tous deux
A deux points opposés. nos fronts et nos cheveux
Ne peuvent pas baigner dans la même lumière.
Tu me regardes, toi, tranquille, insoucieux,
Comme dans l‘ambre clair l'abeille prisonnière,
Car les chagrins m'ont mise en Cabri tutélaire
Et divin de l'amour — si bien que je ne peux,
Pour fuir, même essayer de déployer mon aile.
Moi, quand je te contemple, une peur me harcèle,
C'est que tout cet amour un jour doive périr.
J'entends alors l'oubli remplaçant l'éphémère
Souvenir, comme on voit d'une hauteur courir
Les fleuves charriant leurs eaux dans l'onde amère.