Charles Baudelaire

Horreur sympathique

Les Fleurs du Mal

De ce ciel bizarre et livide,

Tourmenté comme ton destin,

Quels pensers dans ton âme vide

Descendent ? réponds, libertin.

 

— Insatiablement avide

De l’obscur et de l’incertain,

Je ne geindrai pas comme Ovide

Chassé du paradis latin.

 

Cieux déchirés comme des grèves,

En vous se mire mon orgueil ;

Vos vastes nuages en deuil

 

Sont les corbillards de mes rêves,

Et vos lueurs sont le reflet

De l’Enfer où mon cœur se plaît.