Charles Baudelaire

L'héautontimorouménos

Les Fleurs du Mal

Ne suis-je pas un faux accord

Dans la divine symphonie,

Grâce à la vorace Ironie

Qui me secoue et qui me mord ?

 

Elle est dans ma voix, la criarde !

C’est tout mon sang, ce poison noir !

Je suis le sinistre miroir

Où la mégère se regarde.

 

Je suis la plaie et le couteau !

Je suis le soufflet et la joue !

Je suis les membres et la roue,

Et la victime et le bourreau !

 

Je suis de mon cœur le vampire,

— Un de ces grands abandonnés

Au rire éternel condamnés,

Et qui ne peuvent plus sourire !