Dante Alighieri

Les larmes amères que vous versiez

La Vita Nuova

Les larmes amères que vous versiez,

Ô mes yeux, depuis si longtemps,

Faisaient tressaillir les autres

De pitié, comme vous l’avez vu.

Il me semble aujourd’hui que vous l’oublieriez

Si j’étais de mon côté assez lâche

Pour ne pas chercher toute raison de venir vous troubler

En vous rappelant celle que vous pleuriez.

Votre sécheresse me donne à penser.

Elle m’épouvante tellement que c’est de l’effroi que me cause

Le visage d’une femme qui vous regarde.

Vous ne devriez jamais, si ce n’est après la mort,

Oublier notre Dame qui est morte.

Voilà ce que mon cœur dit ; et puis il soupire.