Paul Claudel
Connaissance de l'Est
Maintenant, par une série d’escaliers dont le bandeau médian divulgue encore le reptile impérial, je traverse le cadre ravagé des terrasses et des cours. C’est ici l’esplanade du souvenir, le vestige plat dont le pied humain en le quittant a enrichi le sol perpétuel, le palier du sacrifice, l’enceinte avec solennité où la chose abolie atteste, parmi ce qui est encore, qu’elle fut. Au centre le trône supporte, le baldaquin encore abrite l’inscription dynastique. Alentour les temples et les xénodoques ne forment plus qu’un décombre confus dans les ronces.
Et voici, devant moi, la tombe.
Entre les avancements massifs des bastions carrés qui le flanquent, et derrière la tranchée profonde et définitive du troisième rû, un mur ne laisse point douter que ce soit ici le terme de la route. Un mur et rien qu’un mur, haut de cent pieds et large de deux cents. Meurtrie par l’usure des siècles, l’inexorable barrière montre une face aveugle et maçonnée. Seul dans le milieu de la base un trou rond, gueule de four ou soupirail de cachot. Ce mur est la paroi antérieure d’une sorte de socle trapézoédrique détaché du mont qui le surplombe. Au bas une moulure rentrante sous une corniche en porte-à-faux le dégage comme une console. Nul cadavre n’est si suspect que d’exiger sur lui l’asseoiement d’une pareille masse. C’est le trône de la Mort même, l’exhaussement régalien du sépulcre.