Anna de Noailles

Bittô

Le Cœur innombrable

Comme elle est grave et pâle après l'âpre union !

- Ô vous dont la pudeur tristement fut surprise,

Tendre corps plein de trouble et de confusion,

Bittô, je vous dirai votre grande méprise :

 

Le rude et lourd baiser dont parlent les chansons

Ne guérit pas le mal dont vous étiez atteinte ;

Votre langueur venait de la verte saison,

Du parfum des mûriers et des chauds térébinthes.

 

Pensant vous délasser d'un tourment inconnu

Qui vous venait des champs, des feuilles, de la terre,

Vous avez sans prudence attaché vos bras nus

Au cou du chevrier dont l'étreinte est amère ;