François Fertiault

L’Arbre de Noël

VI

 

Puis, comme les anges pieux

Qui le couronnent de leur ronde,

Nouez un long cercle qui gronde

De vos cris, lutins radieux !

 

C’est Nuit Sainte ! Soyez en fête !

Pour les pécheurs Jésus est né ;

Que le monde soit pardonné,

Du mal acclamez la défaite !

 

Ce beau mât que vous entourez,

Qui vous jette ses lueurs blanches

Et qui vous tend ses lourdes branches,

Vrais bras de trésors encombrés,

 

Cet Arbre n’est point, troupe alerte,

Comme un autre de vous connu,

Où le grand-père Adam venu

Mit la dent sur la pomme verte.

 

Non. Si maint fruit s’y voit pendu,

C’est pour que votre doigt le cueille ;

Vous pouvez l’ôter à sa feuille…

Là, ni peur ni fruit défendu !

 

Allons ! ferme ! ayez conscience,

Des hauts faits qui vous sont permis !

Prenez ! croquez ! gentils amis,

Ce n’est pas l’Arbre de Science.

 

Il l’est si peu qu’il faudra bien,

Quand la fête sera passée,

Tourner un brin votre pensée

Vers l’étude… Oh ! silence ! rien :

 

Demain viendra l’heure d’apprendre. —

Du beau mât que vous entourez

Dépouillez les bras encombrés,

Dût le point du jour vous surprendre !

 

Oh ! comme sa lueur grandit !

Le bois plantureux est sans voile ;

Chaque feuille porte une étoile ;

L’Arbre de Noël resplendit !