Alfred de Vigny

L'esprit pur

IX

 

Seul et dernier anneau de deux chaînes brisées,

Je reste. — Et je soutiens encor dans les hauteurs,

Parmi les maîtres purs de nos savants musées,

L’idéal du poëte et des graves penseurs.

J’éprouve sa durée en vingt ans de silence,

Et toujours, d’âge en âge encor, je vois la France

Contempler mes tableaux et leur jeter des fleurs.

 

X

 

Jeune postérité d’un vivant qui vous aime !

Mes traits dans vos regards ne sont pas effacés ;

Je peux en ce miroir me connaître moi-même,

Juge toujours nouveau de nos travaux passés !

Flots d’amis renaissants ! Puissent mes destinées

Vous amener à moi, de dix en dix années,

Attentifs à mon œuvre, et pour moi c’est assez !