Chekri Ganem

Au Lecteur

Selon l’heure, le temps et mon état d’esprit,

Au hasard des chemins j’ai glané ce volume.

Le cœur plus que la tête a dirigé ma plume.

Le voici tel qu’il vint et tel qu’il fut écrit.

 

Il se ressent encor de mon temps de proscrit.

Un souffle des pays tropicaux le parfume ;

Car pendant si longtemps ce ciel-là, qui s’allume

Comme un brasier, mûrit mon cœur et le pétrit.

 

La graine rapportée a donné cette gerbe

D’un peu de tout mêlée : et bonne et mauvaise herbe,

Moins de sourires que de plaintes et de pleurs.

 

D’ailleurs, qu’est-ce la vie, en somme ? Est-ce autre chose ?

Elle est rarement gaie et très souvent morose :

Bien des ronces, hélas ! pour quelques rares fleurs.