Guillaume Apollinaire

La Chanson du Mal-Aimé

Alcools

Malheur dieu pâle aux yeux d’ivoire

Tes prêtres fous t’ont-ils paré

Tes victimes en robe noire

Ont-elles vainement pleuré

Malheur dieu qu’il ne faut pas croire

 

Et toi qui me suis en rampant

Dieu de mes dieux morts en automne

Tu mesures combien d’empans

J’ai droit que la terre me donne

Ô mon ombre ô mon vieux serpent

 

Au soleil parce que tu l’aimes

Je t’ai menée souviens-t’en bien

Ténébreuse épouse que j’aime

Tu es à moi en n’étant rien

Ô mon ombre en deuil de moi-même

 

L’hiver est mort tout enneigé

On a brûlé les ruches blanches

Dans les jardins et les vergers

Les oiseaux chantent sur les branches

Le printemps clair l’avril léger