Elizabeth Barrett Browning

La boucle de cheveux, la seule qu’ait reçue

Sonnets from the Portuguese

La boucle de cheveux, la seule qu’ait reçue

Un homme, cest, Très-Cher, celle qu'en ce moment

Tout autour de mes doigts j'enroule doucement

Jusqu à rextrême bout de sa brune étendue.

Reçois-la. Ma jeunesse, hélas! est révolue;

Mes cheveux sur mes pieds n’ ondulent plus gaiement,

Et la fleur du rosier ou du myrte, ornement

D’un jeune front, leur est désormais défendue.

Ils n’ont plus qu’à masquer ces longs sillons de pleurs

Que sur ma pâle joue ont creusés les douleurs.

J'avais cru jusqu’ici que la Mort, la première,

Viendrait me la couper, mais c’est l’Amour qui vint.

Prends-la donc, — trouves-y le baiser tendre et saint

Qu'à l'instant de mourir y déposa ma mère.