Louise Michel

Niobé

A travers la vie

Un spectre au cœur saignant comme frappé d’un glaive,

Drapé dans un linceul et les cheveux épars,

Les yeux noyés de pleurs, dans les bois, sur la grève,

Errant avec la nuit... jamais sinistre rêve

N'eut telle vision dans ses pâles brouillards.

 

Jamais non plus le songe, en ses splendeurs divines,

L'œil ébloui du mage, aux soleils flamboyants,

Ne virent, aux grands jours des fêtes sibyllines,

Déesse plus auguste, au sommet des collines,

Fouler les verts gazons sous ses pieds triomphants.

 

Laissez passer cette ombre au fond des vastes plaines ;

Au fond des bois profonds elle fuit les vivants ;

Tout le sang de son cœur, tout le sang de ses veines

A coulé sur la terre où rugissent les haines.

Place ! c'est Niobé qui pleure ses enfants.