Dante Alighieri

Ô vous qui passez par le chemin de l’Amour

La Vita Nuova

Ô vous qui passez par le chemin de l’Amour,

Faites attention et regardez

S’il est une douleur égale à la mienne.

Je vous prie seulement de vouloir bien m’écouter ;

Et alors vous pourrez vous imaginer

De quels tourmens je suis la demeure et la clef.

L’Amour, non pour mon peu de mérite

Mais grâce à sa noblesse,

Me fit la vie si douce et si suave

Que j’entendais dire souvent derrière moi :

Ah ! À quels mérites

Celui-ci doit-il donc d’avoir le cœur si joyeux ?

Maintenant, j’ai perdu toute la vaillance

Qui me venait de mon trésor amoureux,

Et je suis resté si pauvre

Que je n’ose plus parler.

Si bien que, voulant faire comme ceux

Qui par vergogne cachent ce qui leur manque,

Je montre de la gaîté au dehors

Tandis qu’en dedans mon cœur se resserre et pleure.