Émile Verhaeren
Les Heures du Soir
Je noie en tes deux yeux mon âme tout entière
Et l'élan fou de cette âme éperdue,
Pour que, plongée en leur douceur et leur prière,
Plus claire et mieux trempée, elle me soit rendue.
S'unir pour épurer son être
Comme deux vitraux d'or en une même abside
Croisent leurs feux différemment lucides
Et se pénètrent!
Je suis parfois si lourd, si las,
D'être celui qui ne sait pas
Etre parfait, comme il le veut!
Mon c?ur se bat contre ses v?ux,
Mon c?ur dont les plantes mauvaises,
Entre des rocs d'entêtement,
Dressent, sournoisement,
Leurs fleurs d'encre ou de braise;
Mon c?ur si faux, si vrai, selon les jours,
Mon c?ur contradictoire,
Mon c?ur exagéré toujours
De joie immense ou de crainte attentatoire.