Anne-Marie Du Bocage

Vers à l’Académie des Sciences et des Belles-Lettres de Lyon

 

Au lieu où le Rhône amoureux,

Vers le midi fuyant sa source,

D’une Nayade suit la course :

Que de biens ! quel climat heureux !

L’industrie en fait l’opulence,

Les disciples de Ciceron

Y renouvellent l’éloquence :

Sur ces bords voisins du Lignon

Bory tire de sa Guittarre

Des sons dignes d’Anacréon :

Le goût y regne, & l’Hélicon

Trouve un émule de Pindare.

Le temps y ramene un Platon.

Le Chroniqueur de la contrée,

Abbé sçavant dit que Lyon

Bien plus antique qu’Ilion,

Fleurissoit au siécle d’Astrée :

Par les Druïdes inhumains,

Si le culte de ce bel âge

Y devint cruel & sauvage,

Plancus y porta des Romains

Les vertus, les arts, le courage :

Les Goths gâterent son ouvrage :

Mais dans le temps des Amadis

Vénus y fit régner son fils,

De lui naquit sur ce rivage

(Chez un Peuple qui l’encensa)

L’esprit galant qui me plaça

Dans leur célébre Aréopage.