Guillaume Apollinaire

Merlin et la vieille femme

Alcools

J’ai fait des gestes blancs parmi les solitudes

Des lémures couraient peupler les cauchemars

Mes tournoîments exprimaient les béatitudes

Qui toutes ne sont rien qu’un pur effet de l’Art

 

Je n’ai jamais cueilli que la fleur d’aubépine

Aux printemps finissants qui voulaient défleurir

Quand les oiseaux de proie proclamaient leurs rapines

D’agneaux mort-nés et d’enfants-dieux qui vont mourir

 

Et j’ai vieilli vois-tu pendant ta vie je danse

Mais j’eusse été tôt lasse et l’aubépine en fleurs

Cet avril aurait eu la pauvre confidence

D’un corps de vieille morte en mimant la douleur