Paul Claudel
Connaissance de l'Est
Elle vit, et, jalouse, ravie, étonnée, fascinée, elle fit un pas hors de la caverne et aussitôt la nuit ne fut pas. Tous les grands mondes qui tournent autour du soleil comme un aigle qui couvre sa proie s’étonnèrent de voir éclater le jour dans ce point inaccoutumé, et la petite terre toute mangée de gloire, telle qu’un chandelier qui disparaît dans sa lumière.
Elle fit un pas hors de la caverne, et aussitôt le plus fort de tous les dieux se précipitant en referma la porte derrière elle. Et tout debout devant son image, entourée de sept arcs-en-ciel, adorable aorasie, feu vivant d’où n’émergeaient avec le divin visage que deux mains et deux pieds roses et les anneaux de la chevelure, la jeune, la formidable ! se tenait l’âme essentielle et fulminante ! Et comme l’alouette qui au-dessus de la mire scintillante s’élève en cercles toujours plus larges, Amaterasu, reconquise par son image, remonta vers le trône céleste. Et ce fut un nouveau temps, le premier jour.
— Au portail des temples Shinto, de par une corde de paille, la Terre, telle que cette épouse qui montrait ses seins à l’époux révolté, fait encore au Soleil interdiction de ses profondeurs. Et au recès dernier du sanctuaire nu, on cache, au lieu du feu Eleusinien, un petit miroir rond de métal poli.