Paul Claudel
Connaissance de l'Est
Je ne décrirai point tout le système de la Cité ombragée, telle que le plan en est sur mon éventail consigné d’un trait minutieux. Au milieu de la forêt monumentale, j’ai suivi les voies énormes que barre un torii écarlate ; à la cuve de bronze, sous un toit rapporté de la lune, j’ai empli ma bouche de la gorgée lustrale ; j’ai gravi les escaliers ; j’ai, mêlé aux pèlerins, franchi je ne sais quoi d’opulent et d’ouvert, porte au milieu de la clôture comme d’un rêve formée d’un pêle-mêle de fleurs et d’oiseaux ; j’ai, pieds nus, pénétré au cœur de l’or intérieur ; j’ai vu les prêtres au visage altier, coiffés du cimier de crin et revêtus de l’ample pantalon de soie verte, offrir le sacrifice du matin aux sons de la flûte et de l’orgue à bouche. Et la kagura sacrée sur son estrade, le visage encadré de la coiffe blanche, tenant dévotieusement entre ses mains la touffe d’or, le rameau glandifère, a pour moi exécuté la danse qui consiste à revenir toujours, à s’en aller, à revenir encore.