Elizabeth Barrett Browning

Lorsque je songe, Aimé, Bien-Aimé, qu'ici-bas

Sonnets from the Portuguese

Lorsque je songe, Aimé, Bien-Aimé, qu'ici-bas,

L'an dernier, tu vivais et que j'étais gisante

Alors sur une neige inconnue à tes pas,

Sans entendre jamais devant ta voix clémente

 

Reculer le silence, et qu'au contraire, hélas!

Je comptais les anneaux de ma chaîne pesante,

Un à un, chaque soir, ne conjecturant pas

De la voir rompre un jour par ta main bienfaisante,

 

— La coupe de ma vie est autre que jadis :

J'y bois l'étonnement de n'avoir pas compris

Que le jour et la nuit frissonnaient de ton être,

 

Que tu voyais toi-même ailleurs pousser ces fleurs

Que je cueillais ! Ainsi l'athée, en sa lourdeur,

Ne pressent pas le Dieu qu'il ne voit pas paraître.