Homère

Chant IV - L'auguste Héré aux grands yeux

L'auguste Héré aux grands yeux lui répond:

"Trois villes, à moi, me sont chères entre toutes, Argos et Sparte et la vaste Mycènes : détruis-les, le jour même où ton cœur les aura prises en haine. Je ne me mets pas entre elles et toi, je ne te les dispute pas. Aussi bien, que je m'y refuse et fasse obstacle à leur ruine, mon refus est sans portée, puisque tu es cent fois plus fort que moi. Mais mon labeur, à moi, il ne faut pas non plus le rendre sans effet. Moi aussi, je suis déesse, et je sors d'où tu sors; Cronos le Fourbe m'engendra, auguste entre toutes à la fois par ma naissance et par le nom que j'ai de ton épouse, à toi qui règnes sur tous les Immortels. Allons ! cédons-nous ici l'un à l'autre, toi à moi, comme moi à toi; les autres Immortels suivront. Donne donc promptement l'odre à Athéné d'aller vers l'atroce mêlée des Troyens et des Achéens: elle essaiera de faire en sorte que les Troyens portent un mauvais coup aux Achéens superbes et commencent ainsi à violer le pacte les premiers."

Elle dit; le Père des dieux et des hommes n'a garde de dire non. Aussitôt à Athéné il adresse ces mots ailés :

"Vite, va donc dans leurs lignes trouver Troyens et Achéens: tu essaieras de faire en sorte que les Troyens portent un mauvais coup aux Achéens superbes et commencent ainsi à violer le pacte les premiers."

Il dit et avive l'ardeur déjà brûlante d'Athéné. D'un bond elle descend des cimes de l'Olympe. Tel un astre que le fils de Cronos le Fourbe envoie en présage ou à des marins ou aux combattants d'une vaste armée, astre éclatant d'où jaillissent, des étincelles par milliers. Toute pareille, sur la terre, s'élance Pallas Athéné, et elle vient, en fin de course, s'abattre entre les lignes; et la stupeur saisit ceux qui la voient, Troyens dompteurs de cavales, Achéens aux bonnes jambières; et chacun alors de dire en regardant son voisin:

"Est-ce là encore la guerre cruelle, l'atroce mêlée? Ou Zeus entre nos deux peuples voudrait-il établir une bonne amitié, Zeus, seul arbitre de tous les combats humains?"