Alfred De Musset
Poésies Nouvelles (1836 - 1852)
le poëte.
Puisque l’oiseau des bois voltige et chante encore,
Sur la branche où ses œufs sont brisés dans le nid ;
Puisque la fleur des champs entr’ouverte à l’aurore,
Voyant sur la pelouse une autre fleur éclore,
S’incline sans murmure et tombe avec la nuit ;
Puisque au fond des forêts, sous les toits de verdure,
On entend le bois mort craquer dans le sentier,
Et puisqu’en traversant l’immortelle nature
L’homme n’a su trouver de science qui dure
Que de marcher toujours et toujours oublier ;
Puisque, jusqu’aux rochers, tout se change en poussière ;
Puisque tout meurt ce soir pour revivre demain ;
Puisque c’est un engrais que le meurtre et la guerre ;
Puisque sur une tombe on voit sortir de terre
Le brin d’herbe sacré qui nous donne le pain ;