Elizabeth Barrett Browning
Sonnets from the Portuguese
A son premier baiser, il effleura les doigts
Seulement de la main qui trace cette ligne
Et qui, depuis lors froide aux gens, fait surtout signe
D'écouter quand le Ciel fait entendre ses voix.
Porterais-je un anneau d'améthyste, je crois
Qu'il n'y brillerait pas d'un éclat qui fût digne
De ce premier baiser. De valeur plus insigne,
Le second, qui cherchait mon front, vint, cette fois,
Se perdre en mes cheveux. Récompense suprême !
C'était l'Amour versant sur mon front le saint-chrême
Avant qu'il y posât sa couronne de roi.
Le troisième ploya dans sa pourpre ma lèvre.
Et c'est depuis ce jour qu'en la brûlante fièvre
De mon orgueil, je dis : « Je l'aime ! il est à moi ! »