Anna de Noailles

Renaissance

L'Ombre des jours

Ah ! si tu peux, pauvre âme, oublie et sois encor

Naïve et confiante ainsi qu’au temps passé,

Sois ainsi jusqu’au jour de mourir, c’est assez ;

Car après, le tombeau ne veut aucun effort…

 

— Pourquoi rester avec cette amère mémoire

Des instants douloureux et tristes que nous eûmes,

Le jour est tiède ainsi qu’un oiseau dans ses plumes

Et l’été chancelant au bord de l’eau vient boire.

 

Je sais que tu tenais à garder prudemment

Cette émouvante peine au plus secret de toi.

Mais, mon âme, la vigne a rebordé les toits

Et l’abeille a repris son bel amusement.

 

Ne te refuse plus à la bonne semence

Qui tombe du ciel clair et des branches nouvelles,

Vois la vie et la joie, et retourne auprès d’elles

Puisqu’il faut bien qu’un peu de bonheur recommence…