Paul Claudel

L'Arche d'or dans la forêt

Connaissance de l'Est

Au lieu que l’architecture chinoise a pour élément premier le baldaquin, les pans relevés sur des pieux de la tente pastorale : au Japon, le toit de tuiles ou celui, si puissant et si léger, d’écorce comme un épais feutre, ne fait voir qu’une courbure faible à ses angles : il n’est, dans son élégante puissance, que le couvercle, et toute la construction ici évolue de l’idée de boîte. Depuis le temps où Jingô Tennô sur sa flotte conquit les îles du Soleil-levant, le Japonais partout conserve la trace de la mer. Cette habitude de se trousser jusqu’aux reins, ces basses cabines qui sont sa demeure sur un sol mal sûr, l’habile multitude des petits objets et leur soigneux arrimage, l’absence de meubles, tout encore ne décèle-t-il pas la vie étroite du matelot sur sa planche précaire ? Et ces maisons de bois que voici, elles-mêmes, ne sont que l’habitacle agrandi de la galère et la caisse du palanquin. Les prolongements entrecroisés de la charpente, les brancards obliques dont les têtes ouvragées saillent aux quatre angles, encore, rappellent le caractère portatif. Parmi les colonnes du Temple, ce sont des arches déposées.

 

Maisons, oui ; le sanctuaire proprement est ici une maison. Plus haut sur le talus de la montagne on a relégué les ossements enfermés dans un cylindre de bronze. Mais, dans cette chambre, l’âme du mort, assise sur le nom inaltérable, continue dans l’obscurité de la splendeur close une habitation spectrale.