Auguste Lacaussade

Coucher de soleil sous l’équateur

C’était sous l’équateur. Dans la vague apaisé

Le char des jours plongeait ses flamboyants essieux,

Et la nuit, s’avançant sur la voie embrasée,

D’ombre et de paix sereine enveloppait les cieux.

 

Les étoiles s’ouvraient sous un souffle invisible,

Et brillaient, fleurs de feu, dans un ciel étouffant.

L’Océan, dans son lit tiède, immense, paisible,

S’endormait fort et doux et beau comme un enfant.

 

Mais, tel qu’un fol esprit aux ailes vagabondes,

Rasant des flots émus le frissonnant azur,

Le vent des soirs courait sur les nappes profondes

Et, par instants, ridait leur sein tranquille et pur.

 

Et je suivais des yeux cette haleine indécise

Se jouant sur l’abîme où dort l’âpre ouragan ;

Et j’ai dit : « Dieu permet à la plus faible brise

De rider ton front calme, ô terrible Océan !