La ville dort, et moi je veille,
Comme une amante penchée sur un rêve.
Sous les lampadaires, les pavés respirent encore
Les pas perdus, les rires dissous dans la nuit.
Je m’attarde aux vitres closes,
Où reposent des visages invisibles,
Mères alourdies d’insomnies,
Enfants noyés au creux des songes légers.
Le vent glisse sur les toits muets,
Caresse les antennes comme des clairons endormis.
Je sens battre sous la pierre
Un cœur fragile, une main tiède qui attend l’aube.
Alors je marche, silencieuse demoiselle,
Dans ce berceau de façade et de briques,
J’écoute le souffle endormi des ruelles
Comme on écoute l’être aimé qui s’abandonne.
La ville dort. Moi, je l’aime ainsi :
Fragile, offerte, vulnérable,
Sans masque, sans tumulte,
Nue sous la couverture des étoiles.