Paul Claudel

L'Arche d'or dans la forêt

Connaissance de l'Est

Inverse à l’autre procédé qui emploie et met en valeur, sans l’apport d’aucun élément étranger, la pierre et le bois, selon leurs vertus propres, l’artifice a été d’anéantir, ici, la matière. Ces cloisons, les parois de ces caisses, les parquets et les plafonds ne sont plus faits de poutres et de planches, mais d’une certaine conjuration d’images avec opacité. La couleur habille et pare le bois, la laque le noie sous d’impénétrables eaux, la peinture le voile sous ses prestiges, la sculpture profondément l’affouille et le transfigure. Les têtes d’ais, les moindres clous, dès qu’ils atteignent la surface magique, se couvrent d’arabesques et de guillochures. Mais comme sur les paravents on voit les arbres en fleur et les monts tremper dans une brume radieuse, ces palais émergent, tout entiers, de l’or. Aux toits, aux façades que frappe le plein jour, il avive seulement les arêtes d’éclairs épars, mais dans les constructions latérales il éclate par l’ombre en vastes pans ; et au-dedans les six parois de la boîte sont peintes également de la splendeur du trésor occulte, flambeau absent décelé par d’invariables miroirs.

 

Ainsi le magnifique Shogun n’habite point une maison de bois ; mais son séjour est au centre de la forêt l’abaissement de la gloire vespérale, et la vapeur ambrosienne fait résidence sous le rameau horizontal.

 

Par l’immense creux de la région, rempli comme le sommeil d’un dieu d’une mer d’arbres, la cascade éblouissante çà et là jaillit du feuillage confondu à sa rumeur nombreuse.