Percy Bysshe Shelley

L’Automne : Chant funèbre

I.

 

Le chaud soleil n’est plus ; froide gémit la bise,

La fleur pâle se meurt, et la branche agonise ;

Le vieil An

Enfonce en son linceuil sa tête déjà grise,

Et sous la feuille morte, en dernière analyse,

Se laisse ensevelir au souffle de l’autan.

Oh ! Mois venez-vous en,

Et Novembre et Décembre,

Janvier, Février, Mars, Avril jusques à Mai,

Venez, et vous couvrant de cendre,

Sur le corps du défunt chantez un triste lai :

Des ombres de vos jours faites triple hécatombe,

Et que leurs spectres froids veillent près de sa tombe.

 

II.

 

Le vent froid souffle, souffle, et le ver en rampant

Se traîne sur le sol, et va clopin, clopant.

Le Tonnerre

Pour le vieil An défunt s’en va partout frappant

Son glas funèbre, et court galopant, galopant

Éveiller, effrayer les échos de la terre,

En sursaut les happant.

Plus aucune hirondelle,

Plus de gentils lézards ; venez Mois, tous les Six

Au deuil que chacun soit fidèle,

Sur le corps du vieil An chanter De profundis ;

Vous rendrez verts, de pleurs si votre œil n’est pas sobre,

Mai, Juin, Juillet, Août, Septembre et même Octobre !