François-René de Chateaubriand

L'esclave

Dans les sables mouvants, de ton blanc dromadaire

Je reconnois de loin le pas sûr et léger ;

Tu m’apparois soudain : un astre solitaire

Est moins doux sur la vague au pauvre passager ;

Du matin parfumé le souffle est moins suave,

Le palmier moins charmant au milieu des déserts.

Quel sultan glorieux égale ton esclave.

Toi que je sers, toi que je sers !

 

Mon pays, que j’aimois jusqu’à l’idolâtrie,

N’est plus dans les soupirs de ma simple chanson ;

Je ne regrette plus ma mère et ma patrie ;

Je crains qu’un prêtre saint n’apporte ma rançon.

Ne m’affranchis jamais ! laisse-moi mon entrave !

Oui, sois ma liberté, mon Dieu, mon univers !

Viens, sous tes beaux pieds nus, viens fouler ton esclave,

Toi que je sers, toi que je sers !