Jean Moréas

Remembrances

Les Syrtes

Là-bas, où, sous les ciels attiques,

Les crépuscules radieux

Teignent d’améthyste les Dieux

Sculptés aux frises des portiques ;

 

Où, dans le feuillage argenté

Des peupliers aux torses maigres,

Crépitent les cigales aigres

Ivres des coupes de l’Été ;

 

Là-bas, où d’or fin sont les sables

Et d’azur rythmique les mers,

Où pendent les citrons amers

Dans les bosquets impérissables,

 

La Vierge aux seins inapaisés

Plus belle que la Tyndaride,

Fit couler sur ma lèvre aride

Le dictame de ses baisers.