Théophile Gautier

Versailles

Poésies diverses (1832- 1838)

Versailles, tu n’es plus qu’un spectre de cité ;

Comme Venise au fond de son Adriatique,

Tu traînes lentement ton corps paralytique,

Chancelant sous le poids de ton manteau sculpté.

 

Quel appauvrissement ! quelle caducité !

Tu n’es que surannée et tu n’es pas antique,

Et nulle herbe pieuse au long de ton portique

Ne grimpe pour voiler ta pâle nudité.

 

Comme une délaissée, à l’écart, sous ton arbre,

Sur ton sein douloureux croisant tes bras de marbre,

Tu guettes le retour de ton royal amant.

 

Le rival du soleil dort sous son monument ;

Les eaux de tes jardins à jamais se sont tues,

Et tu n’auras bientôt qu’un peuple de statues.