Arthur Rimbaud

Ophélie - II

Poésies

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !

Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !

— C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège

T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté !

 

C’est qu’un souffle inconnu, fouettant ta chevelure,

À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;

Que ton cœur écoutait la voix de la Nature

Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits !

 

C’est que la voix des mers, comme un immense râle,

Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;

C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,

Un pauvre fou s’assit, muet, à tes genoux !

 

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !

Tu te fondais à lui comme une neige au feu.

Tes grandes visions étranglaient ta parole :

— Un Infini terrible effara ton œil bleu !