Théophile Gautier

Le Luxembourg

Premières Poésies

Au Luxembourg souvent, lorsque dans les allées

Gazouillaient des moineaux les joyeuses volées,

Qu’aux baisers d’un vent doux, sous les abîmes bleus

D’un ciel tiède et riant, les orangers frileux

Hasardaient leurs rameaux parfumés, et qu’en gerbes

Les fleurs pendaient du front des marronniers superbes,

Toute petite fille, elle allait du beau temps

À son aise jouir et folâtrer longtemps,

Longtemps, car elle aimait à l’ombre des feuillages

Fouler le sable d’or, chercher des coquillages,

Admirer du jet d’eau l’arc au reflet changeant

Et le poisson de pourpre, hôte d’une eau d’argent ;

Ou bien encor partir, folle et légère tête,

Et, trompant les regards de sa mère inquiète,

Au risque de brunir un teint frais et vermeil,

Livrer sa joue en fleur aux baisers du soleil !