Maurice Maeterlinck

Âme de serre

Serres chaudes

 

Je vois des songes dans mes yeux ;

Et mon âme enclose sous verre,

Éclairant sa mobile serre,

Affleure les vitrages bleus.

 

Ô les serres de l’âme tiède,

Les lys contre les verres clos,

Les roseaux éclos sous leurs eaux,

Et tous mes désirs sans remède !

 

Je voudrais atteindre, à travers

L’oubli de mes pupilles closes,

Les ombelles autrefois roses

De tous mes songes entr’ouverts…

 

J’attends pour voir leurs feuilles mortes

Reverdir un peu dans mes yeux ;

J’attends que la lune aux doigts bleus

Entr’ouvre en silence les portes.