Pierre Louÿs

Astarté

 

 

ASTARTÉ

 

À André Gide.

 

Elle siège, croisant d’une immobile étreinte

Un bras nu sur les seins verts spirales d’or fin

Et cambre au bord du thrône où rêve le dauphin

Sa peau de lune froide et d’air nocturne peinte.

 

D’un long ruban d’iris sa chevelure est ceinte

Où dort le croissant clair sur le disque divin.

Ses yeux purs abaissés réverbèrent sans fin

L’incolore nombril comme une étoile éteinte.

 

Elle tient dans ses doigts extatiques et bleus

Au pli vierge du sexe un lotus fabuleux —

Et deux tiges de lys qui sortent des aisselles

 

Glissent le long du corps leur geste divergent

Toucher dans le reflet des nuits universelles

Le marbre où sont fléchis ses pieds ornés d’argent.