Émile Verhaeren

A ces reines qui lentement descendent

Les Heures du Soir

A ces reines qui lentement descendent

Les escaliers en ors et fleurs de la légende,

Dans mon rêve, parfois, je t'apparie;

Jeté donne des noms qui se marient

A la beauté, à la splendeur et à la joie,

Et bruissent en syllabes de soie,

Au long des vers bâtis comme une estrade

Pour la danse des mots et leurs belles parades.

 

Mais combien vite on se lasse du jeu,

A te voir douce et profonde et si peu

Celle dont on enjolive les attitudes,

Ton front si clair et pur et blanc de certitude,

 

Tes douces mains d'enfant en paix sur tes genoux,

Tes seins se soulevant au rythme de ton pouls

Qui bat comme ton c?ur immense et ingénu,

Oh! combien tout, hormis cela et ta prière,

Oh! comme tout est pauvre et vain, hors la lumière

Qui me regarde et qui m'accueille en tes yeux nus.