Eudore Évanturel

Sonnet II

Premières poésies

Quand tu m’aimais assez, beaucoup, sans le savoir,

Par caprice (à seize ans on peut être un peu folle),

Je restais devant toi, dans un coin du boudoir,

Immobile, longtemps, sans dire une parole.

 

Or, ceci te fâchait. Mais j’accourais m’asseoir

À tes pieds, sous les feux de ton œil de créole,

Pour le simple plaisir un instant de te voir

Me faire la leçon, comme un maître d’école.

 

Tu rougissais, frappant le parquet du talon ;

Puis, c’était la bataille et c’était un sermon

Mêlé de gros soupirs — de larmes de colère.

 

De guerre lasse, enfin, il fallait t’apaiser.

J’allais derrière toi ; je volais un baiser.

Méchante !

Tu courais en avertir ta mère !