Albert Samain

Visions

Au Jardin de l'infante

J’ai rêvé d’un vieux monde à l’âme réprouvée,

Où j’apportais, prophète, un cœur ardent et doux.

Mes yeux forçaient le Doute à tomber à genoux,

Et je faisais du ciel avec ma main levée.

 

Vers ma robe accouraient les Pitiés orphelines ;

Lorsque je rencontrais, pauvresse des sentiers,

L’Espérance en haillons, je lui lavais les pieds…

Et des douceurs d’encens rôdaient sur les collines…

 

Puis j’étais mis à mort par l’ordre du Tyran ;

De ma poitrine alors jaillissait un torrent

Où venait s’étancher l’antique soif des âmes :

 

J’étais Celui qu’on prie aux lentes fins de jour ;

Et mon pâle visage en un nimbe d’amour

Flottait, lune mystique, au cœur triste des femmes.