Antoinette Des Houlières
À l’abri d’une longue et sûre indifférence,
Je jouis d’une paix plus douce qu’on ne pense ;
L’esprit libre de soins, et l’âme sans amour,
Dans le sacré vallon je passe tout le jour :
J’y cueille avec plaisir cent et cent fleurs nouvelles
Qui braveront du temps les atteintes cruelles ;
Et, pour suivre un penchant que j’ai reçu des cieux,
Je consacre ces fleurs au plus jeune des dieux.
Par un juste retour on dit qu’il sait répandre
Sur tout ce que j’écris un air galant et tendre.
Il n’ose aller plus loin : et sur la foi d’autrui,
Tantôt je chante pour, et tantôt contre lui.
Heureuse si les maux dont je feins d’être atteinte
Pour mon timide cœur sont toujours une feinte !