Georges Rodenbach

Les cygnes

Poètes décédés enfants, sans avoir pu

Fleurir avec des pleurs une gloire et des nimbes,

Ames qui reprendront leur oeuvre interrompu

Et demeurent dans ces canaux comme en des limbes !

 

Mais les cygnes royaux sentant la mort venir

Se mettront à chanter parmi ces eaux plaintives

Et leur voix presque humaine ira meurtrir les rives

D'un air de commencer plutôt que de finir...

 

Car dans votre agonie, ô grands oiseaux insignes,

Ce qui chante déjà c'est l'âme s'évadant

D'enfants-poètes qui vont revivre en gardant

Quelque chose de vous, les ancêtres, les cygnes !