Georges Rodenbach

Si tristes les vieux quais bordés d'acacia

Si tristes les vieux quais bordés d'acacias !

Pourtant, toi qui passais, tu les apprécias

Ces vieux quais où tel beau cygne de l'eau changeante

Entre parfois dans une âme qui s'en argente.

Si tristes les vieux quais, les eaux pleines d'adieux,

Inertes comme les bandeaux silencieux

D'une morte ! les eaux sur qui pleure une cloche,

Les immobiles eaux sur qui le carillon

Égoutte ses sons froids comme d'un goupillon.

Et plus tristes les quais lorsque l'hiver approche !

En mai, quand le ciel rit, on s'était essayé

À mettre de la joie aux vitres des demeures,

- Tendant de rideaux blancs le passage des heures -

Et des roses afin que l'air fût égayé,

Petit luxe, au-dehors, de l'aisance des chambres...