Georges Rodenbach
Qu'ils en ont maintenant la froideur de la mort !
(Or mes yeux sont aussi les vitres condamnées
D'une maison en deuil du départ des années)
Et c'est pourquoi, du fond de ces lointains du nord,
Je me sens regardé par ces yeux sans envie
Qui ne se tournent plus du côté de la vie
Mais sont orientés du côté du tombeau...
Yeux des vieilles maisons dont mes yeux sont les frères,
Lassés depuis longtemps des bonheurs temporaires,
Yeux plus touchants près de mourir ! Regard plus beau
De ces maisons qu'on va détruire en des jours proches !
Ô profanation ! Meurtres avec les pioches
Abattant les vieux murs de qui l'âge avait l'air
De devoir les défendre un peu contre ces crimes...
Mais bientôt entreront les marteaux unanimes
Dans les vieux murs, pourtant sacrés comme une chair.