Charles van Lerberghe

Oh ! de grâce, fleur que je cueille

Oh ! de grâce, fleur que je cueille,

Ce soir, que le long de mes mains

Mon âme en toi ne passe,

Que tout ce que je touche, hélas !

Ne veuille devenir humain,

 

Déjà je sens, obscurément, tes feuilles

Qui s'allongent, et ta corolle,

Lourde de songe, qui se pose

Comme un beau front sur mon épaule ;

Déjà je sens ton corps frémissant,

Qui m'aspire et devient vivant...

 

Ah ! reste hésitante ainsi, incertaine,

Nymphe à mon âme, fleur à mes yeux

Aux confins de la vie humaine.