André Chenier

LV

Les Bucoliques

Tiré d’Ovide, liv, VIII, à la fin.

 

Allons chanter, assis dans les saintes forêts,

Sous ce chêne orgueilleux, favori de Cérès,

Qui loin autour de lui porte un immense ombrage.

Tu vois, de tous côtés pendant à son feuillage

Couronnes et bandeaux et bouquets entassés,

Doux monuments des vœux par Cérès exaucés.

À son ombre souvent les nymphes bocagères

Viennent former les pas de leurs danses légères ;

Pour mesurer ses flancs et leur vaste contour,

Leurs mains s’entrelaçant serpentent à l’entour :

Et, les bras étendus, vingt Dryades à peine

Pressent ce tronc noueux et dont Cérès est vaine.