Pierre François Lacenaire

À M. Altaroche

Je suis un voleur, un filou,

Un scélérat, je le confesse,

Mais quand j'ai fait quelque bassesse,

Hélas, je n'avais pas le sou !

La faim rend un homme excusable,

Un pauvre de grand appétit

Peut bien être tenté du diable,

Mais pour me voler mon esprit,

Êtes-vous donc si misérable ?

 

Or contre un semblable méfait,

Notre code est muet, je pense.

Au parquet, j'en suis sûr d'avance,

Ma plainte aurait bien peu d'effet.

Pour dérober une filoche

On s'en va tout droit en prison,

Aussi le prudent Altaroche

Ne m'a volé qu'une chanson,

Sans mettre la main dans ma poche.