Pierre Corneille

Madrigal pour un masque

Allez voir ce jeune soleil,

Cerises, je vous en avoue ;

Montrez-lui votre teint vermeil

Un peu moins que sa lèvre, un peu plus que sa joue ;

Montrez-lui votre rouge teint,

Où la nature a peint,

Comme sur une vive image,

La cruauté de son courage.

Après, en ma faveur, dans le contentement

Que vous aurez si la belle vous touche,

Dites-lui secrètement,

Approchant de sa bouche :

« Philis, notre beauté

Ne porte les couleurs que de la cruauté ;

Mais ce qui la conserve et la fait être aimée,

Ce n’est que la douceur qu’elle tient enfermée ;

Ainsi doncque soyez, vous,

Belle et douce comme nous.