Virgile
Les Bucoliques
Apollon vint, et te dit : Gallus, quelle folie est la tienne ? Ta flamme, ta Lycoris suit les pas d’un autre à travers les neiges, à travers les horreurs des camps. Sylvain parut aussi, le front ceint d’une couronne champêtre, agitant des tiges fleuries et de grands lis. Pan vint aussi, Pan, dieu d’Arcadie ; nous vîmes nous-mêmes son visage divin, que rougissaient l’hièble sanglante et le carmin. « Quand finiront ces plaintes, dit-il ? L’Amour ne s’en met pas en peine ; le cruel Amour ne se rassasie point de larmes, non plus que les prés d’eau, les abeilles de cytise, les chèvres de feuillage. » Mais le triste Gallus leur répondait : « Vous direz pourtant, Arcadiens, vous les seuls habiles à chanter, vous direz mes tourments à vos montagnes. Ô que mes os reposeront mollement, si votre flûte un jour redit mes amours ! Que n’ai-je été l’un de vous ? que n’ai-je ou gardé vos troupeaux, ou vendangé avec vous la grappe mûre !